Mimétisme et mascarade par Coral Biome

Posté le 27 décembre 2015 par

Quoi de plus fascinant que le mimétisme dans le contexte de l’évolution? Cette séquence vidéo tournée aux Philippines montre un spécimen spectaculaire de l’anémone de mer mimétique Phyllodiscus imitant le corail Seriatopora hystrix.

Le mimétisme, souvent associé au camouflage, est défini comme un phénomène de ressemblance superficielle entre deux ou plusieurs organismes n’étant pas étroitement liés sur le plan taxonomique. Cette ressemblance est censée conférer un avantage sélectif comme la protection contre la prédation. En effet, les espèces-proies qui ne sont pas rentables établissent souvent des formes et/ou des colorations similaires à celles d’espèces coexistantes défendues (souvent toxiques). Ce phénomène, appelé mimétisme de Müller, a longtemps été expliqué comme une conséquence de la sélection chez les proies défendues d’une stratégie commune pour exhiber aux prédateurs leur non-rentabilité (Beatty et al. 2004).

Un des exemples les plus célèbres en milieu marin est celui de la pieuvre Thaumoctopus mimicus qui imite une large gamme d’espèces défendues venimeuses comme le poisson lion, la sole venimeuse, les serpents de mer, les méduses et autres anémones de mer ou encore des objets inanimés tels que des noix de coco flottant dans la mer. Étonnamment les comportements mimétiques d’une espèce ne sont pas liés à ses capacités cognitives et des métazoaires basaux extrêmement simples comme l’anémone de mer Phyllodiscus semoni sont également connus pour adopter un mimétisme spectaculaire.

La description originale de Phyllodiscus semoni Kwietniewski, 1897 fut basée sur un seul spécimen collecté à Ambon, Indonésie (Figure 1). Jusqu’à présent, Phyllodiscus est un genre monotypique et tous les spécimens décrits appartiennent à une seule espèce, Phyllodiscus semoni (Figure 2).

 

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Figure 1. Dessin de l’holotype de Phyllodiscus semoni (d’après Kwietniewski, 1898).

 

Figure-2.-Morphology-of-P-semoni.jpg

Figure 2. Phyllodiscus semoni. Tentacules étendues et pseudotentacules (flèches) d’un morphotype ramifié (A) et d’un morphotype discoïdal (

. D’après Hoeksema & Crowther (2011) Contributions to Zoology, 80 (4) 251-268.

Phyllodiscus semoni a été rapportées en milieu naturel soit sous forme d’individus solitaires soit en groupes denses de plusieurs individus présentant des morphotypes identiques. Ceci suggère que les agrégats se composent d’individus clonés et que cette anémone est capable de reproduction asexuée, une caractéristique intéressante pour les aquariophiles. P. semoni présente une plasticité morphologique très importante. Les stratégies mimétiques qui en découlent lui permettent de ressembler à différents organismes présents dans son environnement, tels que les coraux durs (Figure 3), les coraux mous (Figures 4 & 5), ainsi que des algues ou des rochers couverts par les algues.

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Figure 3. Phyllodiscus semoni (A, C, E) et exemples de modèles possibles (Scleractinia: B, D, F). A. Morphe ramifié. B. Modèle pour A: Seriatopora hystrix. C. Morphe ramifié. D. Modèle pour C: Seriatopora caliendrum. E. Morphe ramifié. F. Modèle pour E: Pocillopora meandrina. D’après Hoeksema & Crowther (2011) Contributions to Zoology, 80 (4) 251-268.

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Figure 4. Phyllodiscus semoni (A, C, E) et exemples de modèles possibles (Alcyonacea et Stolonifera). A. Morphe discoïdal. B. Modèle pour A: Sinularia gravis. C. Morphe ramifié. D. Modèle pour C: Sinularia flexibilis. E. Morphe discoïdal. F. Modèle pour E: Briareum spp. G. Modèle pour E: Tubipora musica. D’après Hoeksema & Crowther (2011) Contributions to Zoology, 80 (4) 251-268.

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Figure 5. Phyllodiscus semoni (A, C, E) et exemples de modèles possibles (Alcyonacea: B, D, F). A. Morphe globulaire. Modèle pour A: Asterospicularia spp. C. Morphe discoïdal. D. Modèle pour C: Efflatounaria spp. E. Morphe ramifié. F. Modèle pour E: Klyxum spp. D’après Hoeksema & Crowther (2011) Contributions to Zoology, 80 (4) 251-268.

Bien qu’il soit très intéressant pour un amateur de posséder un exemplaire de P. semoni dans un aquarium récifal, il est important de savoir que la piqure de cette anémone de mer très venimeuse provoque des dermatites fulminantes et des insuffisances rénales aiguës chez les animaux et les humains. Cette espèce a d’ailleurs fait récemment l’objet d’études toxicologiques. Il a été démontré que l’extrait de venin des nématocystes de P. semoni est néphrotoxique lorsque qu’il est administré par voie intraveineuse chez le rat (Mizuno et al. 2007). Une petite dose de ce venin (0,03 mg par animal) induit une nécrose tubulaire importante rappelant certaines pathologies observées chez les patients telles que le syndrome hémolytique et urémique. Ceci suggère que de nouvelles recherches sur les effets de cette toxine peuvent contribuer à une meilleur compréhension de certaines maladie du rein chez l’homme et à améliorer les traitements.

En outre, certains corallimorphes du genre Discosoma sont également doués de comportement mimétique et peuvent imiter des coraux durs (Figure 6).

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Figure 6. Discosoma spp (A, C) et espèces de scléractiniaires ressemblantes (B, Leptoseris glabra; D, Danafungia scruposa). Scale bars: 1 cm. D’après Waheed & Hoeksema (2012) Coral Reefs 31:519.

Alors que la plupart des corallimorphes sont généralement camouflés ou arborent des patrons de couleurs spécifiques, certains d’entre eux présentent des striations radiales similaires à celles de scléractiniaires de petite taille appartenant aux genres Leptoseris ou Danafungia. Étonnamment, alors que les phénomènes de mimétisme se produisent habituellement dans les mêmes zones que les espèces modèles, ces espèces de coraux durs ne se rencontrent pas dans le voisinage direct de ces Discosoma.

Jusqu’ici et sans information supplémentaire, il est impossible de préciser si, chez les cnidaires, ces phénomènes mimétiques permettent à ces espèces de se dissimuler d’une proie potentielle ou d’éviter la prédation.
Références

Beatty, Beirinckx & Sherratt (2004) Nature Sep 2;431(7004):63-6.
Hoeksema & Crowther (2011) Contributions to Zoology 80(4):251-268.
Mizuno, Nozaki, Morine, Suzuki, Nishikawa, Morgan & Matsuo (2007) American Journal of Pathology Aug;171(2):402-14.
Waheed & Hoeksema (2012) Coral Reefs 31:519.

Source : Coral Biome

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