Interview de Cruz Arias l’inventeur de la méthode Bubble Scrubbing

Posté le 9 décembre 2017 par

C’est à force de se renseigner sur la technique du bubble scrubbing qu’il nous est paru évident d’essayer de s’entretenir avec l’inventeur de cette méthode Cruz Arias. C’est avec plaisir qu’il nous a consacré une partie de son temps pour répondre à nos questions et nous éclairer sur le sujet.

Cruz Arias

RN : Bonjour Cruz, vous êtes le gérant d’Elegant Corals et l’inventeur de la méthode du bubble scrubbing. Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment êtes vous devenu aquariophile ?

Cruz : Bonjour ! J’ai commencé l’aquariophilie il y a 20 ans et la passion ne cesse de grandir ! Mon ami et co-fondateur de Elegant Corals, Julian Hechavarria a encore plus d’expérience que moi ! Difficile à croire qu’autant de temps a passé, surtout quand on prend autant de plaisir !

 

RN : Vous m’avez dit qu’Elegant Corals n’était pas votre activité principale, c’est bien le cas? Quelle est votre profession? Vous fournit-elle une quelconque expertise supplémentaire concernant l’aquariophilie?

Cruz : C’est bien ça. Elegant Corals n’est pas une source de revenu, plutôt une affaire où Julian et moi-même pouvons exercer notre passion. Je travaille dans les systèmes automatisés dans divers domaines comme le traitement des eaux usées, les traitements chimiques, les contrôles environnementaux et la bio-pharmaceutique. Bon nombres de ces contextes m’ont apporté des pistes et des astuces précieuses, voire injustes envers les autres dans l’aquariophilie. Par exemple, j’ai accès à de nombreux instruments de mesures auxquels le grand public n’a pas accès. Telles que la mesure de dissolution de l’oxygène ou la production d’acide lactique en temps réel d’un système biologique.

 

Elegant Corals

RN : Comment avez-vous découvert cette méthode ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Cruz : Le concept d’aération a été trouvé par un concours de circonstances (rires). Je me préparais pour un déplacement professionnel et j’avais prévu de faire un changement d’eau avant mon départ. Pendant le changement d’eau j’ai pour habitude de mettre des diffuseurs d’air en route afin de continuer à faire circuler l’eau et oxygéner le système pendant que je vide le bac et la décante. Dans la précipitation, j’ai éteint la pompe à air du bac mais j’ai accidentellement laissé celle de la décante allumée, et je ne m’en suis seulement aperçu qu’à mon arrivée à l’aéroport ! Vu que je vivais seul à ce moment-là, je n’avais personne à contacter pour l’éteindre. A mon retour je redoutais d’arriver chez moi et de voir mon récif décimé par mon étourderie. Alors que lorsque je suis rentré et j’ai éteint la pompe j’ai été surpris ! C’est de là qu’est né le bubble scrubbing.


RN : Donc cette méthode reproduit le résultat des mouvements d’eau que l’on peut observer lors des marées basses et des vagues sur les récifs ?

Cruz : Nous pensons que cette aération reproduit les crêtes des vagues au dessus des récifs. Les bulles extrêmement fines améliorent le mouvement de l’eau en poussant et en réagissant avec les molécules à proximité des micro-nano bulles chargées négativement ! En Physique, les éléments sur lesquels on agit répondent par une action de réponse inverse également connue sous le nom de résistance inertielle. De ce fait les bulles circulent autour des coraux et du brassage est généré dans des endroits très localisés. Tout ça chatouillant et stimulant les coraux.

 

RN : De ce que j’ai compris, il suffit donc d’avoir seulement un diffuseur et une pompe à air ? Mais ce ne sera pas une installation optimisée. Pourquoi la taille des bulles est-elle si importante ?

Cruz : Une pompe à air de 100 l/h, une valve anti retour, un tube en silicone et un diffuseur en bois sont nécessaires pour la mise en place de bubble scrubbing. Ce n’est pas un produit fini, mais met en application les principaux composants pour reproduire ce protocole. Comme dans beaucoup de circonstances, la taille compte. Plus les bulles sont petites et moins elles remontent à la surface et moins elles sont abrasives envers les différents animaux. Plus les bulles sont petites, plus grande est la surface d’échange gaz/liquide qui augmente le temps de flottaison en raison de ses propriétés de flottaison, augmentant ainsi l’efficacité des échanges d’oxygènes et de dioxyde de carbone.


RN : Si l’on optimise la captation des bulles pour ne garder que celles dites micro, sont elles efficaces ? Même si on n’est pas au stade de la nano bulle ?

Cruz : La taille hybride, micro-nano, est à cheval entre les micros et les vraies nano bulles. Cette taille hybride semble être efficace sans avoir à utiliser du matériel onéreux et très technique. Les micro-nano bulles donnent des très bons résultats pour notre utilisation en eau de mer.


RN : Pendant ce procédé la plupart des coraux relâchent du mucus, est-ce du au stress ou une simple réaction ?

Cruz : C’est une réaction normale que le corail relâche l’excès de mucus et d’autres déchets, comme on a déjà pu le voir sur Heron Island en Australie. Ce mucus remonte à la surface et est évacué par la surverse pour ensuite être écumé. Le mucus riche en nutriments, qui nourrit typiquement différents types de bactéries uniquement, est filtré via l’écumeur, rendant ainsi l’aquarium encore plus ULNS (protocole avec un faible taux de nutriments) et empêche les nutriments de se décomposer et d’être relâchés dans le système pouvant causer des désagréments.


RN : Ce mucus est donc juste un déchet ; est-ce que cela donne plus de potentiel aux coraux pour grandir si on le retire ?

Cruz : Ce mucus est essentiellement un excès de déchets expulsé par les coraux qui n’est pas utilisé pour leur nutrition. Une partie du mucus des coraux est utilisé pour attraper des particules dans l’eau mais ne fait pas partie du processus de digestion. Il y a encore énormément de choses que nous apprenons sur nos aquariums et les coraux. Dans tous les cas, une trop grande abondance de choses bénéfiques peut-être néfaste, comme trop de mucus, qui peut obstruer les membranes des coraux l’empêchant ainsi de récupérer les nutriments et les éléments traces présents dans la colonne d’eau. De notre expérience, avec l’élimination de l’excédent de mucus, la membrane est capable d’absorber plus d’oxygène et d’expulser les déchets et gaz plus facilement. La coloration et la croissance des animaux  augmentent de façon significative !


RN : Est-ce que vous pensez que cette méthode est réservée aux aquariophiles avancés ou tout le monde peut l’utiliser sans aucun souci?

Cruz : Nous pensons, comme tout dans cette passion, si tu ne sais pas ce que tu veux faire, et si tu ne peux pas suivre une ligne directrice, il y aura de graves conséquences sur ton système. Par exemple, on sait tous que l’alcalinité, le calcium et le magnésium sont nécessaires dans nos aquariums, basé sur l’absorption et la charge biologique. Le même rapport peut être établi pour le bubble scrubbing. Si un de ces éléments est ajouté à l’aveugle et de manière incontrôlée alors cela peut avoir de graves conséquences sur le système. Cette méthode n’a pas pour but de transformer votre aquarium en jacuzzi ou en machine à bulles mais à arriver à un nuage contrôlé de ces fines bulles dans la colonne d’eau. Si cela est fait correctement, aucune bulle ne dois exploser à la surface et du coup pas de dépôt de sel sur les parois de l’aquarium.


RN : Merci pour cette interview. Tu aurais un petit mot à dire à nos passionnés français ?

Cruz : Oui bien sûr ! Le récifal n’est pas SEULEMENT une science, mais aussi un art d’équilibre. Nos aquariums récifaux sont des environnements de test pour ce qui pourrait être l’ultime solution pour sauver nos récifs dans le monde. Avec la hausse des températures dans les couches supérieures des océans, nous devons trouver comment résoudre les problèmes d’acidification des océans, de thermocline océanique et d’écoulement des engrais et des eaux usées qui alimentent nos cours d’eau et finalement nos océans fragiles. Chaque pas en avant et chaque succès que nous accomplissons dans nos systèmes récifaux personnels peuvent finalement détenir la clé pour sauver notre monde.

Merci!


N’hésitez pas à consulter notre article complémentaire sur la méthode du bubble scrubbing.

 

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