Qu’est ce que c’est ? Micro, Macrofaune et flore d’un aquarium marin.

Posté le 18 avril 2026 par

Lors des premières semaines et mois d’un aquarium marin se développent des dizaines de formes de vie. Elles proviennent des roches vivantes si l’on en a placées dans l’aquarium ou des supports des coraux que l’on ajoute au fur-et-à-mesure. Voici l’identification des plus courantes. Difficile d’être exhaustif tant la biodiversité marine est vaste. Nous allons aborder le sujet selon leur mode de vie : fixée ou mobile (bien que pour certains le classement est pas si simple) ? Mais cela reste le premier critère le plus simple à observer d’un oeil non averti.

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La vie fixée

Nous parlerons ici des animaux et algues ne se déplaçant pas – ou très peu pour quelques uns. On parle de vie sessile, fixée à un substrat. Dans nos aquariums, ils se fixent essentiellement sur les roches ou le sable, mais aussi sur les appareils installés dans l’aquarium, ainsi que les joints de la cuve, ou les vitres.

Les algues calcaires ou « corallines »

Description : Les algues corallines dans nos aquariums sont inévitables. Elles recouvrent les roches puis les vitres et les appareils (filtres, chauffages, écumeurs) si on ne les nettoie pas régulièrement. Pour la plupart, elles se caractérisent par une couleur rouge,  rose ou violette et forment une « croûte » sur le support qu’elles colonisent. Certaines peuvent former une structure calcaire plus élaborée, rappelant la forme de coraux, d’où leur nom.

Danger : Aucun réellement, si ce n’est la rare possibilité de rentrer en concurrence de place avec un corail encroûtant. Mais généralement, le corail pousse sur l’algue. Elles ont également la réputation de consommer le magnésium.

Gestion : Gratter les vitres où l’on ne souhaite pas qu’elles poussent, nettoyer régulièrement les appareils colonisés dans une solution acide (il existe des produits sur le marché, ou vinaigre/acide à usage domestique SANS AROME), surveiller la concentration en magnésium de l’eau du bac et supplémenter si besoin (idéalement, stabiliser à une valeur entre 1300 et 1400 mg/L).

Les éponges et ascidies

Description : Les éponges et ascidies sont des filtreurs. Elles poussent le plus souvent sur les roches, et dans la pénombre. Elles forment une masse, un couvert duveteux avec différents orifices (siphons) ou une structure tubulaire. Il en existe des blanches, jaunes, oranges, bleues, noires et violettes pour les plus communes dans nos aquariums.

Danger : Lorsqu’elles poussent près d’un corail, elles peuvent gêner son développement. Ailleurs, elles sont bénéfiques à l’aquarium car elles filtrent l’eau et consomment des particules présentes dans l’eau.

Gestion : Retirer avec une pince fine ou un pinceau doux celles se développant proches des coraux, sinon, rien.

 

Les algues bulles (Valonias)

Description : Les Valonias sont appelées « algues bulles » pour une raison simple : leur apparence. Elles forment des bulles vertes plutôt foncées, rondes pour la plupart, mais allongées chez certaines espèces. Elles peuvent être isolées ou former des grappes. Elles se fixent sur tous les supports, même les coraux !

Danger : Peuvent avoir un caractère envahissant si elles ne sont pas contrôlées. Elles peuvent s’accrocher sur le moindre espace de squelette de corail nécrosé ou au coeur d’une grosse colonie. Aussi, elles peuvent bloquer le fonctionnement des pompes si elles se fixent dessus, ou perturber les chauffages en formant une « couche isolante » en se développant dessus.

Lutte : Retrait manuel ou ajouter des consommateurs comme le crabe émeraude généralement appelé mithrax (Mithraculus sculptus) ou les poissons-lapins du genre Siganus (rarement, certains s’attaquent aux coraux). Il a souvent été considéré que les percer menait à une multiplication ingérable (libération de spores), mais nos recherches bibliographiques et nos expériences dans nos aquariums vont plutôt vers un avis contraire. Nous conseillons donc de les retirer dès leur observation pour tenir leur nombre sous contrôle.

 

Les vermets

Description : Malgré leur apparence de vers tubicoles, les vermets sont des « escargots » (Gastéropodes). Ils se reconnaissent à leur tube calcaire correspondant à leur coquille dont la base est spiralée. A son extrémité, un opercule protège la bouche à l’approche des prédateurs. Pour se nourrir, ils produisent un filament muqueux qui attrape les particules en suspension.

Danger : Lorsqu’ils s’installent à proximité des coraux, leurs filaments peuvent irriter les coraux.

Lutte : Retrait manuel en s’assurant de retirer la base également. Certains labres et l’escargot-abeille Engina mendicaria peuvent les consommer.

 

Hydraires

Description : Aux allures de polypes, les hydraires sont des minis anémones vivant fixées sur un support, le plus souvent, les roches. Ce sont des mini méduses généralement brunes à verdâtres, légèrement transparentes.

Danger : Peuvent brûler les coraux adjacents

Lutte : Retrait manuel ou certains poissons les consomment mais sont aussi consommateurs de coraux (poissons-anges, poissons-papillons)

 

Vers Tubicoles (sabelles)

Description : Forment également un tube calcaire, mais à son extrémité, un panache en sort pour capturer la nourriture qui arrive grâce au courant.  Ce panache se rétracte à la moindre menace.

Danger : Aucun

Lutte : Si elle se développe à un endroit qui vous semble gênant, retrait manuel.

 

Cyanobactéries

Description : Les cyanobactéries sont un maillon à mi-chemin entre bactéries et algues, mais leur capacité à faire de la photosynthèse et d’autres caractéristiques cellulaires principales les classent plutôt parmi les algues. Elles sont unicellulaires (chaque individu est composé d’une seule cellule), mais forment des tapis duveteux épais dans nos aquariums, principalement sur le sable et les roches dans des zones peu brassées. Il en existe des rouges et des vertes. Elles apparaissent souvent en cas d’excès de nutriments (nitrates et phosphates).

Danger : Principalement inesthétique, elles deviennent gênantes quand elles recouvrent les coraux.

Lutte : Rééquilibrer les concentrations en nutriments en cherchant la cause de leur hausse et en apportant une solution pour les maintenir à bonnes concentrations. Réaliser des changements d’eau en les siphonnant. Par lutte biologique en aidant les bactéries consommant les nutriments : ajout de souches bactériennes bénéfiques à l’aquarium, sources de carbone et autres facilitateurs de développement bactériens. Utiliser un filtre UV permet de détruire les cyanobactéries passant dans le filtre.

 

Dinoflagellés

Description : Ces algues unicellulaires forment des filaments bruns aux allures de toile d’araignée visqueuse.

Danger : certaines espèces produisent une toxine irritant les coraux.

Lutte : Les dinoflagellés sont très efficaces pour consommer les nutriments dans des concentrations très faibles. Il faut donc s’assurer d’avoir suffisamment de NO3 et PO4 dans l’eau. Des cures anti dinoflagellés sont proposées. Nous conseillons aussi :

  • d’augmenter la concentration en NO3 et PO4, soit en nourrissant davantage les coraux et poissons, soit en ajoutant des solutions de NO3 et PO4. Dans tous les cas, mesurez quotidiennement les deux paramètres et stabilisez aux alentours de 0,03 à 0,08 mg/L de phosphates et 8 à 15 mg/L de nitrates
  • couper l’écumeur
  • ajouter du charbon actif pour capter leur toxine
  • ajouter un filtre UV pour tuer les dionaflagellés en supsension
  • décrocher un maximum les dinoflagellés des coraux, roches, pompes, sable grâce à un pinceau doux ou une pipette. Plus vous le ferez chaque jour, plus cela sera efficace.

 

Algues supérieures

Description : Les algues supérieures ou « macroalgues » sont des algues structurées avec des crampons d’accroche au substrat et le thalle, leur appareil végétatif. Il en existe des dizaines d’espèces (ici : Halimeda sp.). Elles arrivent fixées sur les roches vivantes ou le support des coraux.

Danger : Aucun généralement. Certaines Caulerpes peuvent néanmoins « lyser » : elles deviennent transparentes et les tissus « fondent ». Cela est dû au cycle de vie de certaines algues qui, une fois avoir libéré leurs cellules reproductives, meurent.

Lutte : Contrôler leur croissance quand elles poussent trop par rapport à la place que vous souhaitez leur laisser

 

Les Aiptasias

Description : Petites anémones marron clair partiellement translucides. Elles se déplacent lentement lorsque l’emplacement ne leur convient pas et se multiplient rapidement.

Danger : très urticant pour les coraux et invasif

Lutte : Leur injecter une solution anti-aiptasia et/ou introduire des prédateurs : Lysmata wurdemanni, Berghia, Acreichthys tomentosus (peut manger certains coraux), Chaetodon (peut manger certains coraux), Chelmon rostratus (peut manger certains coraux)

Anémone-bijou

Description : Petites (<2 cm le plus souvent) anémones roses, orange ou rouges aux tentacules translucides avec des zones fluorescentes sous éclairage bleu. Elles sont assez cryptiques et se plaisent dans la pénombre. Leur déplacement est également limité.

Danger : Aucun

 

 

 

Ver spaghetti

 

Description: Dans le sable ou dans le trou d’une roche dépassent des filaments marrons / orangés très fins partant d’un même point central : la bouche du ver. Ces filaments attrapent et ramènent à cette bouche les particules se déposant à proximité.

Danger : Aucun

Lutte : Retrait manuel si un individu est à un emplacement gênant (proche d’un corail)

 

 

Majano
Crédit : Shutterstock.com – Aleron Val

Description : Petites anémones (<5 cm généralement) marrons et/ou vertes. Peuvent se déplacer lentement.

Danger : Urticante, s’installe à côté / au coeur des coraux et les brûle.

Lutte : Retrait manuel dès la première observation. Les produits contre les Aiptasias peuvent également être efficaces. Certains Chaeotodon les consomment mais peuvent également goûter aux coraux.

 

Myrionema
Crédit : Florida Museum of Natural History Invertebrate Zoology  – www.gbif.org

Description : petits polypes jaunes coloniaux formant des tapis de plumeaux/mini goupillons.

Danger : Très envahissant, recouvre rapidement les roches au détriment des coraux

Lutte : Retrait manuel dès la première observation, idéalement en retirant la/les pierres touchées pour éviter de les disperser en les retirant.

 

 

La vie mobile

 

Les Vers de feu

Description : Vers rosés pourvus de nombreux poils (des cirrhes) urticants. Ils sortent essentiellement à l’extinction des feux.

Danger : La plupart des espèces sont d’excellents détritivores, mangeant les restes de nourriture, déchets des poissons et matières mortes. Certaines sont prédatrices de poissons comme les Eunice. Les Eunices ont un corps vert olive aux reflets cuivrés et surtout, une gueule digne d’un film d’alien avec 3 tentacules vers le haut et 4 crocs sur les côtés.

Lutte : Retrait manuel, Stenopus ou araignée de mer (Stenorhynchus)

 

 

Stomatella

Description : Escargot aux allures de limace avec leur coquille réduite à une petite « plaque ». Le corps est noire et la coquille grise aux teintes bleutées. Leur population fluctue en fonction de la quantité d’algues sur les roches et vitres.

Danger : Aucun, excellent alguivore

 

 

Ophiures

Description : De minis ophiures peuplent généralement les roches vivantes. Avec leur minuscule corps rond centrale entouré de tentacules de 2/3 cm, elles attrapent la nourriture autour d’elles.

Danger : Aucune, excellent détritivore

 

Euplicas

Descriptions : Petits escargots (1 à 2 cm), les Euplica sont d’excellents alguivores. Leur population fluctue en fonction de la quantité d’algues sur les roches et vitres.

Danger : Aucun

 

Copépodes

Description : Les copépodes sont des petits crustacés de 1 à 2 mm, transparents. Le fameux méchant « Plankton » dans Bob l’Eponge : c’est lui ! Il en existe des planctoniques, vivant libres dans l’eau, ou des benthiques, vivant sur les substrats. On les observe le plus souvent sur les vitres avant leur nettoyage : ils consomment les algues dessus. Ils font partie des proies des coraux lorsqu’ils passent trop près de leurs polypes.

Danger : Aucun

Planaires
Un planaire au microscope. Crédit : BJ.Mons55r

Description : Les planaires sont par définition des « vers plats ». Il en existe des dizaines d’espèces. La plus commune est le planaire brun, en forme de « vaisseau spatial ». On le retrouve sur nos vitres, les coraux et les roches.

Danger : Une surpopulation de planaires peut déranger les coraux en restant dessus et relarguer des toxines létales pour eux. Certaines espèces sont mêmes prédatrices de coraux, comme les planaires d’Acropora, ou les planaires léopards réputés pour dévorer les bénitiers.

Lutte : Limiter leur population grâce à certains poissons comme les Synchiropus (mandarin), les labres (Pseudocheilinus, Macropharyngodon et Halichoeres notamment) et certaines demoiselles (Chrysiptera springeri). Retrait manuel pour les planaires léopards (ils aiment la chaleur des pompes paraît-il !). Le nudibranche Chelidonura varians est un prédateur redoutable mais exclusif des planaires : en cas d’éradication, il mourra donc.

 

Collonista (Mini Trochus)

Description : Petits escargots (<5 mm) aux allures de grands. Ils ressemblent aux Trochus, au format mini et plus arrondi.

Danger : Aucun, excellents alguivores et autre biofilm.

 

Asterinas

Description : Petites étoiles de mer de 1-2 cm, au corps gris/beige parfois tachetées de rouge.

Danger : Certaines consomment les Zoanthus.

Lutte : Retrait manuel (notamment lorsque l’éclairage est éteint)  ou crevette-arlequin (mais attention, en cas de pénurie d’étoile de mer, elle mourra).

 

Amphipodes / Gammares

Description : Petits crustacés de 5 à 10 mm généralement. Leur corps est comprimé latéralement. Plutôt nocturnes, vous les observez sur les roches et le sable à l’extinction de l’éclairage.

Danger : Aucun

 

Prévenir pour éviter de guérir

Avoir autant de formes de vies qui arrivent dans le bac, dont des pestes indésirables, peut faire peur et peut décourager en cas d’envahissement par certaines espèces dévastatrices.
Pour éviter cela, nous conseillons :

  • D’effectuer un bain déparasitant pour coraux (appelé « dip ») à chaque corail qui entre dans votre aquarium, peu importe son origine. Cela consiste à tremper le corail un court laps de temps dans une solution sans risque pour le corail mais qui élimine une bonne partie des indésirables qu’il porte.
  • D’effectuer une inspection visuelle et retirer manuellement ce qui est possible (Valonia, Aiptasia, Majano….)
  • Selon l’espèce de corail, retirer le support sur lequel il est fixé réduit fortement les risques d’apporter des indésirables. Vous pouvez alors le recoller sur votre décor ou un plot à bouture ‘sec’ et propre.
  • D’inclure dans votre population d’aquarium les espèces « utiles » dans leur prédation des espèces envahissantes : crabe mithrax (contre la valonia), Lysmata wurdemanni (contre les Aiptasias), labres et Synchiropus contre les planaires, poisson-chirurgien, escargots et blennie contre la plupart des algues par exemple.
  • Selon l’espèce envahissante que vous rencontrez, il peut être nécessaire de sortir les roches touchées et de les brosser dans de l’eau de mer dans un seau/une bassine pour en retirer les indésirables avant de les replacer dans l’aquarium.

 

 

Voilà pour les rencontres les plus fréquentes d’espèces arrivant avec les roches vivantes et coraux, ou se développant au grès de la stabilisation biologique d’un aquarium marin.

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